Tarif SNCF : la fin des périodes de pointe
Il serait presque passé inaperçu, paru au Journal officiel du 31 juillet, le décret 2011-914 repéré par le magazine Challenges. Et pourtant, modifier le cahier des charges de la SNCF, c’est le prélude à une liberté tarifaire nettement accrue pour l’entreprise. Il serait presque passé inaperçu, paru au Journal officiel du 31 juillet, le décret 2011-914 repéré par le magazine Challenges. Et pourtant, modifier le cahier des charges de la SNCF, c’est le prélude à une liberté tarifaire nettement accrue pour l’entreprise. C’est d’ailleurs bien conforme à ce qui avait été réclamé par la direction en fin d’année dernière lors des discussions portant sur les trains d’équilibre du territoire, sujet également précisé dans ce décret. Il doit, en particulier, permettre « d’adapter l’encadrement des tarifs de la SNCF à la faveur de l’ouverture progressive à la concurrence du marché ferroviaire. » Derrière cette volonté affichée, une mesure bien concrète qui doit concerner les trains à réservation, TGV, Téoz, Lunéa : le décret annonce la fin de la distinction entre périodes de pointe et périodes dites normales, la fin de ce que furent les calendriers blancs, bleus… Pour la SNCF, cela doit avant tout permettre d’obtenir davantage de souplesse pour la fixation de ses prix, « adaptés au plus près en fonction des demandes de la clientèle », de l’offre et de la demande. Et donc de jouer avec plus de finesse les règles du yield management visant à mieux remplir les trains, avec des prix maximums lorsque la clientèle est nombreuse, minimaux les jours et heures où elle ne serait pas spontanément au rendez-vous et lorsqu’un tarif très incitatif peut la convaincre de choisir le train.
Actuellement, la répartition entre période de pointe et période normale, qui doit concerner au moins 40 % des trains, est décidée en début d’année, un an à l’avance, sans possibilité de changement. Ce qui peut ne pas correspondre à la réalité, le jour donné. Ainsi la SNCF estime que 10 % des trains classés en période de pointe, censés être très fréquentés, sont à peine à moitié remplis. Or des tarifs revus à la baisse pourraient doper ces trafics. A l’inverse, en heures creuses, certaines rames font le plein et leurs prix pourraient être nettement revus à la hausse.
Avec le nouveau dispositif, il restera le tarif de référence, supposé correspondre à une période « normale » en seconde classe, encadré par l’Etat, et un prix maximal sera fixé. Dans ce cadre, la SNCF s’engagerait à avoir plus de 50 % de billets à un tarif inférieur ou égal au tarif de référence, soit les actuels billets seconde classe plein tarif en période normale. Ses responsables insistent sur le fait qu’ils « ne souhaitent vraiment pas augmenter les prix. Parce que les clients ne suivraient pas et que la concurrence arrive. Il faut que le TGV reste un train populaire, avec de plus en plus de petits prix. Il y aura d’ailleurs 50 % de billets à tarif réduit contre 40 % actuellement de tarif heure creuse. » La prochaine étape va impliquer la consultation formelle, sans doute au cours de l’automne, des associations de consommateurs. C’est ensuite seulement que l’Etat prendra un arrêté. En fonction de cela, la nouvelle modulation des tarifs en seconde classe, en fonction du taux de remplissage des rames et avec la disparition des périodes pleines et creuses, devrait entrer en application en début d’année prochaine. A la Fnaut, Fédération nationale des associations d’usagers des transports, on redoute que cela ne se traduise par une information sur les tarifs encore plus opaque pour les voyageurs.
P.?G.